Réconciliation d’abord, élection après

L’élection présidentielle prévue le 31 octobre est source d’une grande psychose en Côte d’Ivoire. Les Ivoiriens ont peur.

Le constat est indiscutable, la Côte d’Ivoire est encore déchirée. Le pays vit une crise pré-électorale. Une élection présidentielle est prévue le 31 octobre. Mais à mesure qu’on approche cette date, l’horizon s’assombrit.

La tension est montée d’un cran après le 6 août dernier, jour de l’annonce officielle de la candidature du Président sortant Alassane Ouattara, pour un troisième mandat consécutif. Aussitôt les contestations de cette candidature contraire aux dispositions de la Constitution, ont débuté dans tout le pays. Une vingtaine de morts et d’importants dégâts matériels ont été enregistrés dans différentes régions.

 Ces troubles ont surtout montré des rancœurs persistantes entre citoyens ivoiriens. A Bonoua, Divo ou Daoukro points chauds de cette première vague de manifestation anti-troisième mandat, des violences ont été perpétrées sur des bases ethniques ou tribales. Preuve de la bombe sociale qui peut exploser à tout moment.

A peine estompées, les contestations ont repris depuis la proclamation le 14 septembre, de la liste des candidats retenus par le Conseil constitutionnel.

Sur 44 postulants, seuls quatre ont été retenus. L’exclusion de grosses pointures comme Laurent Gbagbo, Guillaume Soro, Mabri Toikeusse…a accru la colère de leurs partisans. Ces leaders, tout comme d’autres ayant été autorisé par le Conseil constitutionnel à postuler, à savoir Henri Konan Bédié du Pdci, Pascal Affi N’Guessan du FPI, sont en train de se retrouver. Dans un front commun, ils ont décidé d’empêcher la ténue de l’élection dans les conditions actuelles. Ils s’opposent à la validation de la candidature d’Alassane Ouattara qu’ils jugent anticonstitutionnelle. Ils exigent aussi la recomposition de la Commission électorale indépendante (CEI), l’audit de la liste électorale, un scrutin équitable et inclusif.

Le Rhdp ne voit pas les choses de cet œil. Le parti au pouvoir tient à la tenue de cette élection au 31 octobre avec un Alassane Ouattara aussi contesté et sans Laurent Gbagbo, Guillaume Soro, Mabri Toikeusse et d’autres figures recalés, avec cette CEI et sa liste électorale douteuses.

Les ingrédients de l’instabilité sont donc là, et fondent légitimement la frayeur qui envahit les populations.

Selon Jeune Afrique et d’autres sources crédibles, lors de son dernier tête-à-tête avec son homologue ivoirien, le Président Français n’a pas caché sa réserve face à la candidature de son hôte.   En outre, Emmanuel Macron lui a conseillé de créer les conditions d’une élection inclusive et apaisée. En réponse, le Président Ouattara aurait promis d’œuvrer pour le retour au pays de Laurent Gbagbo, Guillaume Soro, Charles Blé Goudé tous exilés en Europe, mais seulement après sa réélection. En d’autres termes, le chef de l’Etat n’est prêt à s’engager sur la voie de l’apaisement qu’une fois réélu. Pourtant c’est là où le bât blesse. Car, comme en 1995,2000,2010, la source de cette nouvelle crise ivoirienne se trouve dans l’élection. Alassane Ouattara réélu dans les conditions actuelles, c’est une crise plus grave que cela peut réserver au pays. Voilà pourquoi le Président devrait commencer par créer les conditions d’une élection consensuelle et inclusive, pour minimiser les risques de nouvelles tensions politiques à la Côte d’Ivoire.

Cissé Sindou    

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