Humilié sur le plan diplomatique, Alassane Ouattara tente de reprendre la main

Aujourd’hui, Alassane Ouattara présidait une cérémonie de présentation de lettres de créance d’ambassadeurs accrédités en Côte d’Ivoire, au palais présidentiel d’Abidjan-Plateau. Un cérémonial qui se tient, alors même que le conseil constitutionnel n’a pas encore statué sur les résultats du scrutin controversé du 31 octobre.

En temps normal, une cérémonie de présentation de lettres de créance d’ambassadeurs est bien rangée dans les banalités du palais présidentiel. Mais celle qu’a présidé ce matin, Alassane Ouattara a une portée lourde de sens, et précisément défensive, selon un diplomate en poste à Abidjan. En effet, depuis la proclamation de sa victoire au scrutin controversé du 31 octobre par la Commission électorale indépendante (CEI), il y a près d’une semaine, aucun chef d’Etat du monde n’a félicité Alassane Ouattara. Aucune lettre officielle, aucun tweet… comme il est d’usage. Alassane Ouattara commence à s’en agacer. 

Scrutin controversé

Aussi, la cérémonie de présentation de lettres de créances d’aujourd’hui s’apparente à une pression que l’ancien directeur général-adjoint du Fonds monétaire international (FMI) tente d’exercer sur les chancelleries pour ‘‘reconnaître’’ sa victoire. Hier, les diplomates soumis au rituel étaient bien choisis. Il s’agit de ceux de la France, de l’Allemagne (en Europe), du Sénégal, de l’Angola et de la Guinée (en Afrique) pour cette allégeance précipitée. « Il n’y avait vraiment aucune urgence à faire cette cérémonie maintenant. Elle pouvait attendre que le nouveau président de la République élu prête serment. Je pense qu’il veut tout simplement reprendre la main », décrypte notre interlocuteur qui pense que la visite des ambassadeurs de l’Union européenne, de la France, de l’Allemagne et des Etats chez le président Henri Konan Bédié, président du Conseil national de transition (CNT) a été très mal perçue par le candidat sortant Alassane Ouattara. 

Neutralité partisane des diplomates pour le CNT

En effet, aucune chancellerie n’a officiellement dénoncé la création du CNT, cet organe mis en place au lendemain du scrutin boycotté par la plateforme des partis politiques de l’opposition. Mais mieux, toutes ces chancelleries en appelaient au dialogue entre le pouvoir et l’opposition. Les communiqués de la France, de l’Union européenne dénoncent sans équivoque les violences qui ont émaillé le vote, reconnaissant que le scrutin n’avait pas permis une participation ‘‘massive’’ des populations. Tous se contentaient de ‘‘ prendre acte’’ de la réélection pour un troisième mandat d’Alassane Ouattara. « La France a pris note de l’annonce par la Commission électorale indépendante des résultats provisoires de l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire. La France partage pleinement les préoccupations exprimées par l’Union européenne concernant les tensions et les incitations à la haine qui ont prévalu durant ce scrutin et condamne les graves violences intervenues. Elle relève également les fortes disparités de la participation électorale, selon les régions du pays », avait été très nette, l’ancien puissance coloniale. Et loin de blâmer l’opposition pour avoir opté pour une transition, l’Elysée a plutôt appelé « tous les acteurs à mettre fin aux provocations et actes d’intimidation qui perdurent depuis le scrutin », alors que les résidences des cadres de l’opposition étaient encerclées par les forces du régime. 

Et dans ce texte fort retentissant quant à sa réserve sur la légitimité de M. Ouattara, la France souligne « l’urgence d’une reprise du dialogue politique en Côte d’Ivoire favorisant la réconciliation par des mesures concrètes qui permettront de tourner la page de la violence et de la division ». Camouflet pour celui qui avait promis, le septembre dernier à Emmanuel Macron que les choses se passeraient plutôt bien, malgré la réserve du jeune chef de l’Etat français.

Désaveu diplomatique

Même la Chine, dont le régime est accusé à tort ou à raison pour ses soutiens aux chefs d’Etats sortants, s’est voulue très réservée à propos de la ‘’réélection’’ d’Alassane Ouattara. « Nous avons pris acte du résultat préliminaire publié par la Commission Electorale Indépendante », a réagi l’ambassade de la République de Chine à Abidjan. Avant de prendre clairement position pour la volonté du peuple. « La partie chinoise reste convaincue que le peuple ivoirien a la capacité et la sagesse de défendre la stabilité et le développement du pays. La partie chinoise entend renforcer notre coopération avec la partie ivoirienne dans divers domaines en vue d’un développement continu des relations bilatérales d’amitié et de coopération », se montre bien prudent, le diplomate Wan Li.

Face à cette tiédeur diplomatique autour de son controversé troisième mandat, Alassane Ouattara semble avoir décidé de passer à la vitesse supérieure. Et d’attaquer sur tous les fronts. Pendant qu’il traque ses opposants, le président du Rhdp a entamé ce 6 novembre l’offensive  diplomatique. Les chancelleries devraient être sommées de clarifier leur position. Hier, la France, l’Allemagne, le Sénégal, l’Angola et la Guinée ont ouvert le bal. Affaire à suivre.

Ténin Bè Ousmane

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