Ce ‘’oui’’ si difficile à dire

Ni oui, ni non. Le président du Rhdp est resté très flou dans son discours mercredi 29 juillet face aux membres des instances de son parti. Appelé par le Conseil politique du Rhdp à briguer un troisième mandat à la tête du pays suite au décès de l’ex-candidat Amadou Gon-Coulibaly, le 8 juillet dernier, le chef de l’Etat sortant a reporté sa réponse à la fin du temps de « recueillement » qu’il s’est imposé.

D’ici là, Alassane Ouattara n’est cependant pas aussi indécis qu’il l’a laissé croire devant le Conseil politique du Rhdp. En témoigne la campagne qui a débuté dès le lendemain du décès de son « fils » Amadou Gon, et qui le présente comme la seule personnalité capable d’assurer une victoire au Parti unifié lors de l’élection du 31 octobre 2020. Le silence du Président face à ces appels incessants est la preuve de ce qu’il n’exclut pas catégoriquement la possibilité de faire le contraire de ce qu’il a annoncé devant le Congrès ivoirien le 5 mars à Yamoussoukro, à savoir, prendre sa retraite à la fin de ce mandat et laisser émerger une « jeune génération ».

A quatre mois du scrutin présidentiel, malgré le décès inattendu du candidat désigné du Rhdp, si le Président Ouattara était profondément décidé à se retirer, il aurait spontanément ordonné l’arrêt de cette campagne qui le pousse à se dédire, et organisé plutôt la désignation d’un autre cadre de la « jeune génération » en remplacement de Gon Coulibaly.  Bien au contraire, il est lui-même entré en scène dans le folklore pour son troisième mandat. Outre la vague d’appels manifestement suscitée dans différentes régions du pays, il s’est mis à recevoir au sein de la résidence présidentielle des délégations de chefs traditionnels qui viennent lui répéter la même doléance.  Des rencontres privées assez médiatisées qui ont tout l’air de préparer l’opinion à une volte-face historique. Les Ivoiriens restent donc dans l’attente de la réponse officielle de celui qui, au lendemain de son discours du 5 mars, a été affublé par ses partisans du titre de ‘’Mandela Ivoirien’’, en référence à l’ex-Président Sud-Africain qui a renoncé à briguer à un second mandat malgré sa popularité acquise après 27 ans de prison pour son combat politique.

Quant à Alassane Ouattara, malgré le ballet orchestré pour justifier son retour sur sa parole donnée, une telle décision de sa part n’est pas facile à annoncer. N’est-ce pas lui qui a toujours répété que : « Quand ADO dit, ADO fait ? ». Même s’il finissait par surmonter la censure de sa propre conscience, il sait qu’il fera face à une farouche opposition à cette candidature.

En effet, comme l’ont déjà dit publiquement ses propres conseillers juridiques, de surcroit membres du Comité d’experts ayant rédigé la Constitution en vigueur, celle-ci ne l’autorise pas à briguer un troisième mandat successif. Alors, mieux qui quiconque, Alassane Ouattara sait qu’il lui faudra braver aussi bien cet obstacle juridique qu’une contestation des opposants. D’ailleurs, des voix dénoncent déjà un « coup d’Etat constitutionnel » préparé par le régime Rhdp. Et, comme cela s’est produit dans d’autres pays notamment le Sénégal ou le Burkina Faso, il faut s’attendre à des protestations dans la rue. Le pouvoir sera tenté de les réprimer.  Les conséquences d’une telle escalade   sont imprévisibles. Le Président Ouattara le sait également…

Cissé Sindou

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