Mévente, baisse du prix bord champ de l’anacarde: Pour la première fois, des producteurs ivoiriens marchent

Les producteurs de noix de cajou ne parviennent pas à écouler leur récolte. La pandémie du Coronavirus a occasionné, voire aggravé, une crise de commercialisation. Mais où est passé l’appui de 35 milliards F annoncé par l’Etat pour résoudre cette crise ?

Fait inédit. Pour la première fois en Côte d’Ivoire, des acteurs du monde agricole ont abandonné leurs champs pour marcher sur une préfecture. Ce n’est pas un fake new ! A Odienné, ville du nord-ouest du pays, des producteurs ont manifesté leur colère, en dénonçant bruyamment la mévente de leur récolte d’anacarde. « Il n’y a plus d’acheteurs. Et quand il en existe, on nous propose 250 Fcfa voire 200 F comme prix bord champ contre 400F, prix plancher », se désole un producteur joint au téléphone. Puis d’ajouter : « on nous fait des promesses, et puis rien. Cela est inacceptable. Nous vivons dans la pauvreté parce que notre travail n’est pas rémunéré ».

Inquiétude partout

Loin d’être un cas isolé, la situation des producteurs d’Odienné est observable chez d’autres producteurs ailleurs, sur l’ensemble du territoire national. Selon Antoine N’Zian, du village de Djédou dans la sous-préfecture de Koun-Fao, la vie est devenue difficile pour les producteurs d’anacarde. « Notre production est stockée dans des magasins au village. Il n’y a pas d’acheteurs. Nous n’avons rien. Deux de mes enfants doivent regagner la ville pour terminer l’année scolaire. Mais faute d’argent, ils sont encore au village. Que le président de la République nous sorte de cette situation », lance-t-il un cri de détresse. Tano Kouao, lui est producteur à Agnibilékrou, il ne dit pas autre chose. « J’ai décidé de ne plus ramasser ma production d’anacarde. Car, on emploie des gens pour aller ramasser les noix et après on ne les vend pas faute d’acheteurs. Du coup, on doit à des gens et nous sommes dans l’incapacité d’acheter », se plaint-il, en colère.

Appui tardif ou illusoire

Le ministre de la Promotion de la riziculture, Gaoussou Touré, cadre d’Odienné, a demandé de la patience aux producteurs de noix de cajou. C’était, le vendredi 5 juin 2020, au cours d’une rencontre avec ces derniers. « Le gouvernement a décidé de maintenir le prix de 400 F, pour lequel il a décidé d’une subvention de 35 milliards au profit de la filière cajou, afin de permettre aux usiniers et autres acheteurs d’enlever effectivement la production au prix bord champ homologué, malgré la chute des cours mondiaux, liée à la pandémie de la Covid-19 », avait-il déclaré. Ce soutien de 35 milliards F CFA s’inscrit dans le cadre de l’appui aux principales filières de l’économie nationale, notamment l’anacarde, le coton, l’hévéa, le palmier à huile, le cacao, le café, pour un montant de 250 milliards de FCFA inscrit dans le Plan économique, social et humanitaire de 1700 milliards F CFA mis en place par le gouvernement.

Promesse gouvernementale

C’est d’ailleurs comptant sur ce plan que le Directeur général du Conseil du coton et de l’anacarde, Adama Coulibaly, a rassuré les producteurs, récemment. Expliquant les causes de la mévente, le ministre a relevé que le Vietnam et l’Inde, les deux plus grands partenaires de la Côte d’Ivoire dans le cadre de la commercialisation des noix de cajou, impactés par la crise sanitaire, ont arrêté tous les achats. D’où l’origine et l’ampleur des difficultés de commercialisation. « Nous avons été confrontés à l’absence de contrat, au freinage des achats et au manque de financement pour les acheteurs », a-t-il indiqué. Toutefois, a-t-il rassuré, un mécanisme de financement a été trouvé avec les acheteurs. « Les achats ont repris dans les différentes zones productrices et le prix bord champ plancher est respecté », a-t-il affirmé.

Statut quo désespérant

A l’évidence, ce mécanisme de financement a été un feu de paille. Si quelques coopératives ont acheté des productions dans leur zone, à la réalité, sur le terrain, rien n’est réglé.

A quand donc l’appui effectif par les 35 milliards F CFA à la filière noix de cajou ? Les producteurs attendent…

Ahua K.

Encadré : L’absence de solution pérenne

La Côte d’Ivoire, premier producteur mondial d’anacarde, est également le premier exportateur mondial de noix brutes de cajou. Le pays ne transforme que moins de 16% de sa production nationale. Du coup, il exporte vers le Vietnam et l’Inde ses noix brutes. Avec la crise sanitaire due au Coronavirus, le pays ne peut plus exporter sa production. Pourtant, depuis des années la Côte d’Ivoire a annoncé une politique de transformation. Mais, la réalité c’est qu’elle piétine. A quand la mise en œuvre d’une politique réelle pour mettre fin à cette situation et sortir les producteurs de la pauvreté ?

AKE 

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